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Le baseball à Montréal en 1927
Note : Ce texte
est inspiré de mes notes de recherches, et comme
celles-ci ne proviennent essentiellement que d’une
seule source, Le Petit Journal, il est fort possible
que certaines erreurs s’y soient glissées. Merci à
Patrick Carpentier qui m’a permis de bien situer les
parcs Guybourg et Shamrock, ce qui n’était pas le
cas dans la version originale de ce texte.
La fin des années
20 est une époque importante dans l’histoire du
baseball au Québec. Les années 10 avaient marqué la
fin du séjour des Royaux à Montréal, ce qui allait
mener à divers autres projets d’envergure au Québec
dans les années suivantes, avec les ligues de l’Est-du-Canada
et la ligue
Québec-Ontario-Vermont, qui n’allèrent
finalement qu’exister durant 3 saisons, de 1922 à
1924.
1928 voit le
retour des Royaux à Montréal et les années 30
amèneront la formation de la ligue Provinciale dans
tout le sud du Québec.
1927 constitue
donc une année de transition alors qu’on vit le
dernier été sans Royaux et un des derniers sans
circuit provincial organisé. Ce texte inspiré de mes
notes de recherches, qui sont toujours en cours,
devrait vous donner une idée de ce qui s’y est
passé.
La saison de
baseball à Montréal s’amorce avec deux ligues
solidement implantées : La ligue Indépendante, qui
compte dans ses rangs le St-Eusèbe, l’Hochelaga, le
Guybourg et le Beaurivage, ainsi que la Ligue de la
Cité, avec les équipes de St-Laurent, d’Ahuntsic, du
Syndicat St-Henri et l’équipe laurentienne de St-Jérôme.
La Ligue
Indépendante joue au parc Guybourg (coin St-Antoine
et Crescent, près de l’actuel Centre Bell), alors
que la ligue de la Cité est au parc Shamrock
(St-Dominique et Jean-Talon).
Les différentes
ligues comptent sur des vétérans locaux, bien connus
des amateurs, comme Rosaire Larivière (St-Laurent),
Louis Miller (St-Henri), Rodolphe Papineau (Ahuntsic),
Mac Silver (St-Jérôme), Pamphile Yvon (St-Eusèbe),
Ray Cutter (Hochelaga), Frank Delisle (Guybourg) et
Arthur Mullen (Beaurivage).
Les deux ligues
comptent sur beaucoup de Franco-Américains, comme
Delisle mais aussi deux des meilleurs lanceurs,
Jerry Corey (St-Eusèbe) et Chief St-Denis (Hochelaga).
Les Franco-Américains, bien sûr très appréciés de la
foule à Montréal, vont demeurer une cible de choix
des propriétaires québécois, étant donné qu’ils se
laissent attirer beaucoup plus facilement au Québec.
La ligue de la
Cité compte aussi sur quelques joueurs noirs qui
rendent la ligue intéressante, soient le lanceur
Charlie Calvert et le receveur Chick Bowden, dont
les origines sont toujours inconnues mais qui
semblent avoir jouer au Québec dès le début des
années 20 jusqu’au milieu des années 30.
On dénombre aussi
quelques joueurs professionnels de hockey, soient
Sylvio Mantha et
Howie Morenz (Ahuntsic) ainsi que
Babe Siebert (St-Jérôme).
Pour trouver des
joueurs ayant évolué dans les majeures, il faut
chercher plus fort, mais on retrouve le lanceur
Rusty Yarnall (Ahuntsic), qui avait lancé une
manche avec les Phillies la saison précédente et
possiblement le gaucher
Doc Newton (St-Laurent), qui à près de 50 ans
était assez éloigné de sa carrière dans les majeures
et de sa fiche de 54-72 avec Cincinnati, Brooklyn et
les Yankees entre 1900 et 1909.
Les deux ligues
opérèrent assez rondement en mai et jusqu’à la mi-juin,
avec des programmes doubles dans chaque ligue les
dimanches et pratiquement rien d’autre le reste de
la semaine.
Toutefois, les
choses se gâtent alors dans la ligue de la Cité. Le
St-Henri, qui traîne la patte au classement, est
aussi en sérieuse difficulté financière et se
retirera finalement de la ligue.
Alors, la ligue
prend un risque : elle invite à se joindre à la
ligue une équipe de joueurs noirs dirigée par
Chappie Johnson, ancien joueur des Negro Leagues et
personnalité très influente dans le milieu. Johnson,
un ancien receveur avec les meilleures équipes des
années 1900 et 1910, effectuera lui-même quelques
présences derrière le marbre à l’âge de 57 ans, mais
il se contentera surtout de diriger son équipe,
formée de vétérans et de certains des meilleurs
jeunes joueurs noirs.
Plusieurs joueurs
restent encore à identifier, mais déjà ceux qui le
sont indiquent une équipe de très haut calibre :
Elias « Country » Brown, qui a joué de 1918 à 1933
dans les Negro Leagues, le lanceur Wayne Carr
(1920-28), Frank Forbes, un vétéran joueur
d’intérieur qui allaient devenir arbitre et gérant
d’affaires, étant impliqué dans les Negro Leagues
pendant plus de 30 ans, Alphonso « Duke » Lattimore,
considéré le meilleur joueur de l’équipe, mais qui
aura finalement une courte carrière (1929-33), le
vétéran Gus Parpetti (1909-23) et le premier-but Don
Perry (1920-27).
Le joueur le plus
intéressant est toutefois le voltigeur Ted Page. Âgé
de 24 ans, Page, un athlète hors-pair à l’université,
avait toutefois raté ses débuts dans les Negro
Leagues la saison précédente. En 1927, il frappa
pour moins de ,200 avec les Chappies. Mais il
continua à s’améliorer, jusqu’au point de devenir un
des meilleurs joueurs noirs des années 30. Un
coureur extraordinaire, il a frappé pour une moyenne
de ,316 dans les matchs enregistrés des Negro
Leagues et pour ,375 dans les matchs d’exhibition
contre les équipes des ligues majeures.
Page a crédité
Chappie Johnson pour l’avoir transformé en un joueur
de baseball. C’est avec lui qu’il a appris à déposer
l’amorti et à bien utiliser sa grande vitesse. Une
blessure au genou subit en 1934 allait toutefois le
ralentir grandement et sa carrière allait se
terminer en 1937.
Pour ce qui est
de la ligue de la Cité de 1927, le succès des
Chappies est instantané. Les Chappies sont bons et
attirent les foules, mais les autres équipes sont
capables de les suivre et de les battre à l’occasion,
rendant le jeu encore plus intéressant. Il faut dire
que les Chappies n’ont pas la vie facile : ils
parcourent le Québec et les régions limitrophes de
la Nouvelle-Angleterre et de l’Ontario entre leurs
matchs de la ligue de la Cité, disputant beaucoup
plus de matchs que leurs adversaires.
Les grands
perdants sont les équipes de la ligue Indépendante,
qui voient vite leurs assistances diminuer. Petit à
petit, les matchs de cette ligue vont s’espacer, les
magnats de la ligue réalisant que la seule façon de
récupérer leur investissement est d’inviter des
équipes pouvant attirer les foules et voler le
spectacle aux Chappies. On réussit à amener 3500
personnes pour voir la Maison de David, une fameuse
équipe qui à l’origine était composée de joueurs
issus d’une communauté religieuse du MidWest
américain. Leur marque de commerce était la barbe et
les cheveux longs des joueurs, telle qu’était la
coutume dans cette congrégation.
Les Havana Red
Sox, les Bouffons de Joe Gilmore, les Bottiniers de
Syracuse et les Giants de Philadelphie vont aussi
venir faire un tour, attirant légèrement moins.
Le Ahuntsic va
finalement être nommé champions de la ligue de la
Cité, sans que les détails de cette conquête ne soit
clairs. Je n’ai rien vu dans Le Petit Journal,
ma source, à ce sujet. La Ligue Indépendante ne
semble pas avoir cru bon de nommer un champion.
La saison s’étire
jusqu’en octobre, alors que vers le milieu du mois,
l’équipe d’étoiles de la Ligue Indépendante reçoit
la visite d’une équipe de Plattsburgh.
Toutefois,
l’honneur du dernier match revient à la ligue de la
Cité, qui encore une fois ne veut pas s’en laisser
imposer par sa rivale. Une équipe d’étoiles de la
ligue, dirigée par Chappie Johnson, s’en va à
Farnham le 31 octobre. Elle y affronte une équipe
d’étoiles de joueurs des alentours, possiblement
même d’un peu partout en Estrie. De plus, l’équipe
de Farnham reçoit un renfort de taille, l’ex-joueur
des majeures Larry Gardner, qui agit comme
joueur-gérant. Gardner, un Vermontois d’origine,
d’un village tout près de la frontière québécoise,
aurait déjà joué pour une équipe de Frelighsburg au
Québec au début du siècle. Il frappa pour une
moyenne de ,289 dans sa carrière de 17 saisons dans
les majeures, entre 1908 et 1924. Malheureusement,
je n’ai toujours pas trouvé le résultat de ce match.
Il allait
s’avérer que la Ligue Indépendante avait disputé son
dernier match. Sans surprise, après la fin de saison
en queue de poisson et le retour des Royaux, elle ne
reviendra pas en 1928.
De son côté, la
Ligue de la Cité sera de retour, toujours avec les
Chappies. Malheureusement, des histoires d’argent et
des conflits internes allaient rendre la saison plus
difficile que prévue…
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