Society for American Baseball Research - Quebec

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HISTOIRE DU BASEBALL À MONTRÉAL EN 1927

Le baseball à Montréal en 1927

Article par CHRISTIAN TRUDEAU (Publié en 2006)
La fin des années 20 est une époque importante dans l’histoire du baseball au Québec. Les années 10 avaient marqué la fin du séjour des Royaux à Montréal, ce qui allait mener à divers autres projets d’envergure au Québec dans les années suivantes, avec les ligues de l’Est-du-Canada et la ligue Québec-Ontario-Vermont, qui n’allèrent finalement qu’exister durant 3 saisons, de 1922 à 1924.

Projet de stade au coin des rues Iberville et Masson, élaboré en 1927. Collection A. Pratt

1928 voit le retour des Royaux à Montréal et les années 30 amèneront la formation de la ligue Provinciale dans tout le sud du Québec.

1927 constitue donc une année de transition alors qu’on vit le dernier été sans Royaux et un des derniers sans circuit provincial organisé. Ce texte inspiré de mes notes de recherches, qui sont toujours en cours, devrait vous donner une idée de ce qui s’y est passé.

La saison de baseball à Montréal s’amorce avec deux ligues solidement implantées : La ligue Indépendante, qui compte dans ses rangs le St-Eusèbe, l’Hochelaga, le Guybourg et le Beaurivage, ainsi que la Ligue de la Cité, avec les équipes de St-Laurent, d’Ahuntsic, du Syndicat St-Henri et l’équipe laurentienne de St-Jérôme.

La Ligue Indépendante joue au parc Guybourg (coin St-Antoine et Crescent, près de l’actuel Centre Bell), alors que la ligue de la Cité est au parc Shamrock (St-Dominique et Jean-Talon).

Les différentes ligues comptent sur des vétérans locaux, bien connus des amateurs, comme Rosaire Larivière (St-Laurent), Louis Miller (St-Henri), Rodolphe Papineau (Ahuntsic), Mac Silver (St-Jérôme), Pamphile Yvon (St-Eusèbe), Ray Cutter (Hochelaga), Frank Delisle (Guybourg) et Arthur Mullen (Beaurivage).

Les deux ligues comptent sur beaucoup de Franco-Américains, comme Delisle mais aussi deux des meilleurs lanceurs, Jerry Corey (St-Eusèbe) et Chief St-Denis (Hochelaga). Les Franco-Américains, bien sûr très appréciés de la foule à Montréal, vont demeurer une cible de choix des propriétaires québécois, étant donné qu’ils se laissent attirer beaucoup plus facilement au Québec.

La ligue de la Cité compte aussi sur quelques joueurs noirs qui rendent la ligue intéressante, soient le lanceur Charlie Calvert et le receveur Chick Bowden, dont les origines sont toujours inconnues mais qui semblent avoir jouer au Québec dès le début des années 20 jusqu’au milieu des années 30.

On dénombre aussi quelques joueurs professionnels de hockey, soient Sylvio Mantha et Howie Morenz (Ahuntsic) ainsi que Babe Siebert (St-Jérôme).

Pour trouver des joueurs ayant évolué dans les majeures, il faut chercher plus fort, mais on retrouve le lanceur Rusty Yarnall (Ahuntsic), qui avait lancé une manche avec les Phillies la saison précédente et possiblement le gaucher Doc Newton (St-Laurent), qui à près de 50 ans était assez éloigné de sa carrière dans les majeures et de sa fiche de 54-72 avec Cincinnati, Brooklyn et les Yankees entre 1900 et 1909.

Les deux ligues opérèrent assez rondement en mai et jusqu’à la mi-juin, avec des programmes doubles dans chaque ligue les dimanches et pratiquement rien d’autre le reste de la semaine.

Toutefois, les choses se gâtent alors dans la ligue de la Cité. Le St-Henri, qui traîne la patte au classement, est aussi en sérieuse difficulté financière et se retirera finalement de la ligue.

Alors, la ligue prend un risque : elle invite à se joindre à la ligue une équipe de joueurs noirs dirigée par Chappie Johnson, ancien joueur des Negro Leagues et personnalité très influente dans le milieu. Johnson, un ancien receveur avec les meilleures équipes des années 1900 et 1910, effectuera lui-même quelques présences derrière le marbre à l’âge de 57 ans, mais il se contentera surtout de diriger son équipe, formée de vétérans et de certains des meilleurs jeunes joueurs noirs.

Plusieurs joueurs restent encore à identifier, mais déjà ceux qui le sont indiquent une équipe de très haut calibre : Elias « Country » Brown, qui a joué de 1918 à 1933 dans les Negro Leagues, le lanceur Wayne Carr (1920-28), Frank Forbes, un vétéran joueur d’intérieur qui allaient devenir arbitre et gérant d’affaires, étant impliqué dans les Negro Leagues pendant plus de 30 ans, Alphonso « Duke » Lattimore, considéré le meilleur joueur de l’équipe, mais qui aura finalement une courte carrière (1929-33), le vétéran Gus Parpetti (1909-23) et le premier-but Don Perry (1920-27).

Le joueur le plus intéressant est toutefois le voltigeur Ted Page. Âgé de 24 ans, Page, un athlète hors-pair à l’université, avait toutefois raté ses débuts dans les Negro Leagues la saison précédente. En 1927, il frappa pour moins de ,200 avec les Chappies. Mais il continua à s’améliorer, jusqu’au point de devenir un des meilleurs joueurs noirs des années 30. Un coureur extraordinaire, il a frappé pour une moyenne de ,316 dans les matchs enregistrés des Negro Leagues et pour ,375 dans les matchs d’exhibition contre les équipes des ligues majeures.

Page a crédité Chappie Johnson pour l’avoir transformé en un joueur de baseball. C’est avec lui qu’il a appris à déposer l’amorti et à bien utiliser sa grande vitesse. Une blessure au genou subit en 1934 allait toutefois le ralentir grandement et sa carrière allait se terminer en 1937.

Pour ce qui est de la ligue de la Cité de 1927, le succès des Chappies est instantané. Les Chappies sont bons et attirent les foules, mais les autres équipes sont capables de les suivre et de les battre à l’occasion, rendant le jeu encore plus intéressant. Il faut dire que les Chappies n’ont pas la vie facile : ils parcourent le Québec et les régions limitrophes de la Nouvelle-Angleterre et de l’Ontario entre leurs matchs de la ligue de la Cité, disputant beaucoup plus de matchs que leurs adversaires.

Les grands perdants sont les équipes de la ligue Indépendante, qui voient vite leurs assistances diminuer. Petit à petit, les matchs de cette ligue vont s’espacer, les magnats de la ligue réalisant que la seule façon de récupérer leur investissement est d’inviter des équipes pouvant attirer les foules et voler le spectacle aux Chappies. On réussit à amener 3500 personnes pour voir la Maison de David, une fameuse équipe qui à l’origine était composée de joueurs issus d’une communauté religieuse du MidWest américain. Leur marque de commerce était la barbe et les cheveux longs des joueurs, telle qu’était la coutume dans cette congrégation.

Les Havana Red Sox, les Bouffons de Joe Gilmore, les Bottiniers de Syracuse et les Giants de Philadelphie vont aussi venir faire un tour, attirant légèrement moins.

Le Ahuntsic va finalement être nommé champions de la ligue de la Cité, sans que les détails de cette conquête ne soit clairs. Je n’ai rien vu dans Le Petit Journal, ma source, à ce sujet. La Ligue Indépendante ne semble pas avoir cru bon de nommer un champion.

La saison s’étire jusqu’en octobre, alors que vers le milieu du mois, l’équipe d’étoiles de la Ligue Indépendante reçoit la visite d’une équipe de Plattsburgh.

Toutefois, l’honneur du dernier match revient à la ligue de la Cité, qui encore une fois ne veut pas s’en laisser imposer par sa rivale. Une équipe d’étoiles de la ligue, dirigée par Chappie Johnson, s’en va à Farnham le 31 octobre. Elle y affronte une équipe d’étoiles de joueurs des alentours, possiblement même d’un peu partout en Estrie. De plus, l’équipe de Farnham reçoit un renfort de taille, l’ex-joueur des majeures Larry Gardner, qui agit comme joueur-gérant. Gardner, un Vermontois d’origine, d’un village tout près de la frontière québécoise, aurait déjà joué pour une équipe de Frelighsburg au Québec au début du siècle. Il frappa pour une moyenne de ,289 dans sa carrière de 17 saisons dans les majeures, entre 1908 et 1924. Malheureusement, je n’ai toujours pas trouvé le résultat de ce match.

Il allait s’avérer que la Ligue Indépendante avait disputé son dernier match. Sans surprise, après la fin de saison en queue de poisson et le retour des Royaux, elle ne reviendra pas en 1928.

De son côté, la Ligue de la Cité sera de retour, toujours avec les Chappies. Malheureusement, des histoires d’argent et des conflits internes allaient rendre la saison plus difficile que prévue…

Note : Ce texte est inspiré de mes notes de recherches, et comme celles-ci ne proviennent essentiellement que d’une seule source, Le Petit Journal, il est fort possible que certaines erreurs s’y soient glissées. Merci à Patrick Carpentier qui m’a permis de bien situer les parcs Guybourg et Shamrock, ce qui n’était pas le cas dans la version originale de ce texte.