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Conclusion
Le baseball est arrivé en catimini à Montréal au milieu des années
1860 pour devenir le sport d’été le plus populaire auprès de la
société montréalaise au début du 20e siècle. Notre intérêt pour ce
mémoire était concentré sur l’impact socioculturel du baseball. À la
suite de notre analyse, on peut en relever de nombreux. Le premier
est sans doute l’enthousiasme des Canadiens français pour ce sport,
et cela dès les années 1880. Il s’agit là de l’une des premières
incursions des Canadiens français dans le monde du sport.
L’appropriation qu’ils font du baseball se démontre dans le vaste
réseau collégial, dans les nombreuses ligues formées et dans le
nombre grandissant de clubs à Montréal depuis les années 1890
jusqu’à la Première Guerre mondiale. Les Canadiens français y ont
joué un rôle important en tant que joueurs, spectactateurs et, dans
une certaine mesure, de promoteur. Nous croyons donc
qu’effectivement le baseball a bel et bien été un élément important
de la culture populaire au début du 20e siècle à Montréal.
Par ailleurs, l’essor des journaux de masse francophones est central
dans le développement du baseball à Montréal. Ils favoriseront non
seulement sa diffusion, mais également l’intérêt des classes
populaires pour ce sport américain. Cet intérêt est visible dans la
naissance des premières pages sportives au milieu des années 1890.
Dans le style engagé des journalistes sportifs, nous avons constaté
un besoin d’informer les lecteurs sur le baseball, mais surtout un
incitatif à se rendre aux matchs. Le baseball y est présenté comme
un sport-spectacle agréable pour toute la famille.
C’est justement sous cette forme qu’il insufflera à la culture
populaire son américanité. Il faut toutefois préciser que c’est dans
un processus global que nait l’américanité au sein de la culture
populaire. La conjoncture économique, l’essor des activités
dominicales, le développement du théatre burlesque et du vaudeville
s’inscrivent, tout comme le baseball, dans ce processus
d’américanisation de la culture populaire. L’impact du baseball dans
ce processus se situe principalement à deux niveaux. D’une part, on
le trouve dans l’émergence et la popularité des formes commerciales
et professionnelles du sport. La classe moyenne trouve dans la
nature professionnelle et américaine du baseball sa réaction face à
l’élitisme du sport amateur. D’autre part, la nouvelle culture
populaire s’inspire de plus en plus de la culture américaine aux
dépens du discours de la survivance prôné par les élites sociales du
Québec. Le baseball constitue, en quelque sorte, un exemple de
l’américanité naissante de cette culture populaire. Les parties
présentées majoritairement le dimanche ainsi que les anglicismes
utilisés dans sa terminologie soulevaient l’ire de l’Église.
Nous retrouvons donc notre questionnement de départ :
que fait un sport américain, protestant et professionnel dans une
ville canadienne, majoritairement francophone, catholique et prônant
l’amateurisme ? Comme nous l’avons montré dans ce mémoire, le
baseball, par son caractère résolument américain, s’est imposé comme
partie intégrante de la culture populaire à Montréal.
Nous sommes toutefois conscients des limites de ce mémoire. Pour
traiter de des effets socioculturels du baseball sur la société
montréalaise à travers les journaux de l’époque, nous avons dû faire
des choix. Ces choix se traduisaient souvent par un survol rapide de
certains thèmes.
Parmi ceux-ci, le baseball ouvrier est probablement le plus
intéressant. Les journaux de masse francophones nous en donnent
malheureusement qu’un trop bref aperçu. Il serait intéressant de
faire une analyse du baseball ouvrier dans la perspective de la
naissance des syndicats à la fin du 19e siècle au Québec. Les
sources à exploiter serait probablement les archives des mouvements
syndicaux et des entreprises de l’époque.
Outre le baseball ouvrier, nous avons été contraint de survoler
rapidement le baseball au sein des collèges. Aux contacts des
archives et de la correspondance des institutions scolaires et
religieuses, il serait fort pertinent de voir le développement du
réseau collégial à la grandeur de la province. Il serait également
permis de voir les relations entre les dirigeants religieux des
collèges où le baseball était pratiqué, et les autorités de l’Église
catholique.
Par ailleurs, ce mémoire laisse plusieurs questions sans réponses.
La première touche sans doute les anglophones de Montréal. Nous
avons traité de la grande bourgeoisie anglophone, mais pas des
classes moyenne et populaire anglophones. Dans une future étude, il
serait intéressant de voir le rapport qu’elles entretiennent avec le
baseball et l’américanité à la fin du 19e siècle. Nous avons
également effleuré le concept de Canada français mis de l’avant par
l’historien Fernand Dumont. Il pourrait être pertinent d’en faire
une analyse plus poussée du point de vue des sports et des loisirs.
s
En définitive, le présent mémoire ne représente que la partie
visible du iceberg. L’étude du baseball et des sports en général au
Québec est très limitée. En ce sens, les pistes de recherche ne
manquent pas. Nous avons pris le risque calculé de présenter une
histoire sportive qui ne se rattachait pas aux noms des joueurs ou à
leurs statistiques. Nous n’avons pas la prétention d’être des
pionniers puisque d’illustres collègues l’ont fait avant nous. Nous
avons toutefois la modeste prétention de croire que ce mémoire
permettra de prouver, à l’instar de Donald Guay et Gilles Janson,
l’importance du sport comme champ de recherche en histoire. |