Society for American Baseball Research - Quebec

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 CHAPITRES
Introduction
1. Historiographie et problématique
1.1 Sport Amérique du Nord
1.2 Sport Canada/Québec
1.3 Baseball Canada/Québec
2- Origines et développement du baseball à Montréal (1860-1915)
2.1 Origines (1860-1890)
2.1.1 Mythes et réalités
2.1.2 Contexte socio-économique
---- Le baseball itinérant
2.2 Développement du baseball organisé (1890-1915)
2.2.1 Contexte socio-économique
2.2.2. Épanouissement et structure du baseball
---- Le réseau collégial
---- Le baseball professionnel
---- Le baseball amateur
---- Le baseball semi-pro
3- L'américanité dans le baseball à Montréal
3.1 Contexte historique
3.2 Deux exemples d'affrontement
3.3. Opposition sport amateur et professionnel
3.4 Le baseball au sein des dualités
4- Couverture journalistique du baseball à Montréal (1876-1914)
4.1 Contexte de l'évolution des journaux francophones à Montréal
4.2 Fonction des journaux francophones
4.3 Évolution de la terminologie
4.4 Francisation de la terminologie
Conclusion
Bibliographie
« Baseball, américanité et culture populaire. Histoire du baseball à Montréal (1860-1914) » d'Éric Coupal, mémoire de maîtrise présenté à l'UQAM en 2001.

Conclusion

Le baseball est arrivé en catimini à Montréal au milieu des années 1860 pour devenir le sport d’été le plus populaire auprès de la société montréalaise au début du 20e siècle. Notre intérêt pour ce mémoire était concentré sur l’impact socioculturel du baseball. À la suite de notre analyse, on peut en relever de nombreux. Le premier est sans doute l’enthousiasme des Canadiens français pour ce sport, et cela dès les années 1880. Il s’agit là de l’une des premières incursions des Canadiens français dans le monde du sport. L’appropriation qu’ils font du baseball se démontre dans le vaste réseau collégial, dans les nombreuses ligues formées et dans le nombre grandissant de clubs à Montréal depuis les années 1890 jusqu’à la Première Guerre mondiale. Les Canadiens français y ont joué un rôle important en tant que joueurs, spectactateurs et, dans une certaine mesure, de promoteur. Nous croyons donc qu’effectivement le baseball a bel et bien été un élément important de la culture populaire au début du 20e siècle à Montréal.

Par ailleurs, l’essor des journaux de masse francophones est central dans le développement du baseball à Montréal. Ils favoriseront non seulement sa diffusion, mais également l’intérêt des classes populaires pour ce sport américain. Cet intérêt est visible dans la naissance des premières pages sportives au milieu des années 1890. Dans le style engagé des journalistes sportifs, nous avons constaté un besoin d’informer les lecteurs sur le baseball, mais surtout un incitatif à se rendre aux matchs. Le baseball y est présenté comme un sport-spectacle agréable pour toute la famille.

C’est justement sous cette forme qu’il insufflera à la culture populaire son américanité. Il faut toutefois préciser que c’est dans un processus global que nait l’américanité au sein de la culture populaire. La conjoncture économique, l’essor des activités dominicales, le développement du théatre burlesque et du vaudeville s’inscrivent, tout comme le baseball, dans ce processus d’américanisation de la culture populaire. L’impact du baseball dans ce processus se situe principalement à deux niveaux. D’une part, on le trouve dans l’émergence et la popularité des formes commerciales et professionnelles du sport. La classe moyenne trouve dans la nature professionnelle et américaine du baseball sa réaction face à l’élitisme du sport amateur. D’autre part, la nouvelle culture populaire s’inspire de plus en plus de la culture américaine aux dépens du discours de la survivance prôné par les élites sociales du Québec. Le baseball constitue, en quelque sorte, un exemple de l’américanité naissante de cette culture populaire. Les parties présentées majoritairement le dimanche ainsi que les anglicismes utilisés dans sa terminologie soulevaient l’ire de l’Église. 

            Nous retrouvons donc notre questionnement de départ : que fait un sport américain, protestant et professionnel dans une ville canadienne, majoritairement francophone, catholique et prônant l’amateurisme ? Comme nous l’avons montré dans ce mémoire, le baseball, par son caractère résolument américain, s’est imposé comme partie intégrante de la culture populaire à Montréal.

Nous sommes toutefois conscients des limites de ce mémoire. Pour traiter de des effets socioculturels du baseball sur la société montréalaise à travers les journaux de l’époque, nous avons dû faire des choix. Ces choix se traduisaient souvent par un survol rapide de certains thèmes.

Parmi ceux-ci, le baseball ouvrier est probablement le plus intéressant. Les journaux de masse francophones nous en donnent malheureusement qu’un trop bref aperçu. Il serait intéressant de faire une analyse du baseball ouvrier dans la perspective de la naissance des syndicats à la fin du 19e siècle au Québec. Les sources à exploiter serait probablement les archives des mouvements syndicaux et des entreprises de l’époque.

Outre le baseball ouvrier, nous avons été contraint de survoler rapidement le baseball au sein des collèges. Aux contacts des archives et de la correspondance des institutions scolaires et religieuses, il serait fort pertinent de voir le développement du réseau collégial à la grandeur de la province. Il serait également permis de voir les relations entre les dirigeants religieux des collèges où le baseball était pratiqué, et les autorités de l’Église catholique. 

Par ailleurs, ce mémoire laisse plusieurs questions sans réponses. La première touche sans doute les anglophones de Montréal. Nous avons traité de la grande bourgeoisie anglophone, mais pas des classes moyenne et populaire anglophones. Dans une future étude, il serait intéressant de voir le rapport qu’elles entretiennent avec le baseball et l’américanité à la fin du 19e siècle. Nous avons également effleuré le concept de Canada français mis de l’avant par l’historien Fernand Dumont. Il pourrait être pertinent d’en faire une analyse plus poussée du point de vue des sports et des loisirs. s

En définitive, le présent mémoire ne représente que la partie visible du iceberg. L’étude du baseball et des sports en général au Québec est très limitée. En ce sens, les pistes de recherche ne manquent pas. Nous avons pris le risque calculé de présenter une histoire sportive qui ne se rattachait pas aux noms des joueurs ou à leurs statistiques. Nous n’avons pas la prétention d’être des pionniers puisque d’illustres collègues l’ont fait avant nous. Nous avons toutefois la modeste prétention de croire que ce mémoire permettra de prouver, à l’instar de Donald Guay et Gilles Janson,  l’importance du sport comme champ de recherche en  histoire.