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Arthur Duchesnil: un Québécois contre Babe Ruth
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Article par ALEXANDRE PRATT (publié en
novembre 2009) |
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Entre 1900 et 1920, le baseball s’impose comme le
sport de participation le plus populaire au Québec.
Partout poussent des ligues semi-professionnelles,
municipales, industrielles ou collégiales. Pourtant,
très peu de baseballeurs nés au Québec parviennent à
faire carrière au-delà des frontières. Arthur
Duchesnil, qui a affronté Babe Ruth en 1914, est
l’un des rares canadiens-français à avoir été
embauché par un club professionnel.
Duchesnil n’est qu'un adolescent, en 1910, lorsque les
Athlétiques de Montréal lui demandent d’être leur
lanceur dans la Ligue de la Cité. C’est un nouveau
circuit composé de la crème des joueurs de la
province, principalement des francophones. Face à
ses adversaires dans la vingtaine ou même la
trentaine, le grand droitier de 18 ans de 5’9 a
l’air d’un enfant. Mais il n’apparait pas intimidé.
Il retire sur des prises plus d’un frappeur par
manche et se distingue aussi comme le meilleur
frappeur de son équipe.
Ses succès face à des coéquipiers plus âgés
suscitent l’attention des dépisteurs. L’un d’entre
eux est George Kendall, président du Club Athlétique
Canadien, qui cherche à étendre son empire sportif.
En 1911, Kendall met sur pied, «à grands frais»
souligne La Patrie, la plus formidable équipe
canadienne-française pour une toute nouvelle ligue
professionnelle de Montréal.
Le 1er mai 1911, les 2500 spectateurs
réunis au Parc Delorimier constatent que Kendall a
tenu promesse. Les meilleurs baseballeurs québécois
portent l’uniforme blanc du Canadien. Parmi eux,
Eugène Payette, « Bebe » Miron, Georges Rivest,
ainsi que aussi le populaire hockeyeur et joueur de
crosse Jack Laviolette. Et au monticule, Arthur
Duchesnil.
En présence de toutes ces étoiles et celles du
Shamrock de Montréal, Duchesnil démontre qu’il est
dans une ligue à part. Il limite les Irlandais à
deux points et quatre coups sûrs – exactement sa
propre contribution offensive! – dans une victoire
de 13-2. Mais la jeune ligue meurt au bout de deux
mois, et Duchesnil est contraint à terminer sa
saison au sein d’une ligue industrielle.
En 1912, il est de retour au sein de la Ligue de la
Cité, où il poursuit sa domination. En octobre, il
retire 21 frappeurs sur des prises dans un match de
11 manches. Ses performances trouvent écho à
Chicago, où les White Sox s’intéressent fortement à
lui. En janvier 1913, La Presse indique que
le propriétaire des Sox, Charles Comiskey, et
l’entraîneur-chef Jimmy Callahan «ont tellement
confiance en Duchesnil qu’ils veulent le mettre à
l’essai» lors de leur camp d’entraînement. Mais
Duchesnil passe plutôt l’hiver au collège St-Michel,
à Winooski, au Vermont.
«Après beaucoup de pourparlers», explique La Patrie,
Duchesnil choisit de revenir avec les Voltigeurs de
Montréal plutôt que de tenter sa chance dans les
ligues professionnelles américaines. Mais voyant
qu’il perd son temps dans la métropole, il quitte
pour Pittsfield, au Massachussets, jouer dans une
ligue de calibre B (l’équivalent aujourd’hui du A).
Il n’accorde que 34 points en 20 matchs et présente
un dossier de 10 victoires et 6 défaites. Au terme
de la saison, en septembre, il retrouve ses
coéquipiers avec les Voltigeurs et établit un record
de la Ligue en réussissant 26 retraits sur des
prises au cours d’un seul match. Deux semaines plus
tard, plus de 3000 personnes se déplacent pour le
voir lancer.
En 1914, les Braves de Boston lui
font signer un contrat. Mais au terme du camp
d’entraînement, il est vendu à Rochester, dans la
Ligue internationale,
le circuit qui offre le meilleur calibre de jeu à
l’extérieur du baseball majeur. Même si, à 22 ans,
il est le deuxième plus jeune joueur de l’équipe, il
se taille un poste au sein de la rotation partante.
À
Rochester, Duchesnil affronte sans le savoir de
jeunes frappeurs qui deviendront quelques années
plus tard des super vedettes des ligues majeures.
Comme Babe Ruth, alors à Baltimore, qu’il parvient à
retirer le 20 mai. Le lanceur québécois a toutefois
moins de succès contre le club de sa ville natale,
les Royaux de Montréal. Il subit des défaites de 6-2
et 6-3 en moins de dix jours à la fin mai, début
juin, entrecoupées d’une victoire de 9-5. Il
renouera avec les Royaux en juillet, en relève cette
fois, dans une autre défaite. Duchesnil, qui retire
beaucoup de frappeurs au bâton mais donne trop de
coups sûrs, perd son poste au sein de la rotation.
Malgré sa fiche de 6-2, il est cédé à Binghamton,
dans la Ligue de l’État de New York, où il termine
la saison.
Duchesnil restera deux autres saisons dans la Ligue
de l’État de New York, avec le club de Scranton,
pour lequel il remporte 35 matchs et n’en perd que
20. À la fin des années 10, il revient s’établir au
Québec et s’illustre dans les ligues locales. La
légende veut qu’il ait un jour enregistré 33
retraits sur des prises lors d’un match de 12
manches contre Marieville, mais aucun sommaire ne
vient attester ce fait d’armes. Il sera un des
lanceurs dominant au Québec jusque dans les années
20.
En 1926, son état de santé se détériore rapidement.
«Ceux qui avaient vu Arthur depuis six mois,
arpentant de peine et de misère le trottoir de la
rue Sainte-Catherine, avaient peine à le reconnaître,
note La Patrie dans sa nécrologie. C’était l’ombre
du puissant et bel athlète que Duchesnil était aux
jours de sa gloire comme étoile du losange.» Les
cinq derniers mois de sa vie, il fut hébergé par un
bon samaritain. Il informa cet ami qu’il fut
orphelin en bas âge, qu’il grandit à Maskinongé et
qu’il avait perdu toute trace de ses frères et sœurs.
Pour payer ses funérailles, on procéda à une
souscription auprès des amateurs de sports
montréalais.
Il est décédé le 2 septembre 1926, à 35 ans, à
l’hôpital général de Montréal.
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Sources : La Presse, La Patrie, Sporting Life,
baseball-reference.com, carte de conscription de la
Première Guerre mondiale. |