Society for American Baseball Research - Quebec

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Ron Piché: une vie chez les pros

BILL YOUNG

Ron Piché appartient à un groupe très sélect. Il est un des peu nombreux Québécois à avoir eu une carrière dans le baseball majeur. De 1960 à 1964 il fut un membre des Braves de Milwaukee et a par la suite joué brièvement pour les Angels de la Californie ainsi que pour les Cards de St-Louis. En tout, sa carrière dans le baseball s'étend sur plus de quinze saisons.

Un lanceur droitier, il s'est rapidement démarqué et après plusieurs années dans le baseball junior a été repéré par la légende Québécoise et recruteur étoile Roland Gladu. Il fut ensuite signé par les Braves de Milwaukee. En 1955, Ron Piché lançait pour Lawton dans la Ligue Sooner State (Oklahoma) où il compila une excellente fiche de 13-6.

Monsieur Piché a découvert le baseball majeur à Waycross en Georgie, alors le site du camp d'entraînement des Braves. Présents pour l'accueillir étaient Roland Hemond qui commençait sa carrière de direction dans le baseball et Doc Gautreau un ancien des Braves qui avait joué durant la majeure partie des années trente à Montréal pour les Royaux. Les deux parlaient français et l'on aidé à s'acclimater à ce nouveau monde.

Sa progression dans les mineures était bonne et remplie de succès. Il a fait ses classes dans les clubs-école des Braves soit Eau-Claire, Evansville, Jacksonville et Louisville et en 1960 a percé l'alignement du grand club.

LES BRAVES DE MILWAUKEE

À la fin des années cinquante les joueurs des Braves formaient une équipe légendaire. Des noms comme Warren Spahn, Lew Burdette, Eddie Matthews, Joe Adcock, Johnny Logan et bien sûr Henry Aaron résonnent toujours aujourd'hui. En 1957, ils ont défait les Yankees en six parties pour gagner la série mondiale.

Monsieur Piché était épaté quand il est arrivé avec les Braves en 1960. Il se  demandait continuellement ce qu'il faisait là, lui un petit gars de Verdun entouré de vétérans des Braves de Milwaukee. Avait-il le talent pour côtoyer ces vedettes du baseball, dont plusieurs allaient plus tard être élues au Temple de la renommée? Warren Spahn lui a offert quelques mots de réconfort. Il  lui a demandé: "Qu'est il inscrit sur ton uniforme?" Monsieur Piché lui a répondu: "Braves" "Et bien tâche de te rappeler que c'est pour eux que tu joue et que c'est ici ta place!" lui a répliqué le lanceur étoile. Mais en fait, son arrivée avec les Braves fut plutôt brutale. Eddie Mathews lui a montré son casier et lui a dit de "nous parler seulement lorsque on te parle". Bienvenue dans les majeures!    

Ron Piché doit une fier chandelle a ces vétérans. Ils lui ont montré comment être un joueur des majeures, comment s'habiller, comment agir. "Souviens-toi", lui ont-ils dit, "tu représentes maintenant le baseball et la ville de Milwaukee". En 1961, une an après son arrivée avec les Braves, Spahn, Mathews et d'autres ont amené Monsieur Piché dans une limousine pour lui faire passer un rite d'initiation. À la fin, ils lui ont dit: "Tu est maintenant un des nôtres".

Les joueurs passaient beaucoup plus de temps ensemble à cette époque: dans le vestiaire, dans le train, à l'hôtel sur la route. Ils parlaient baseball et échangeait stratégie. De plus, il y avait beaucoup moins d'amitié avec les joueurs adverses qu'aujourd'hui. Le baseball est un sport qui se prête bien aux histoires et Monsieur Piché en avait plusieurs à raconter. Comme le jour où Junior Gilliam est venu au bâton pour la quatrième fois, ayant frappé en lieu sûr à chaque occasion. Le receveur Ed Bailey lui a demandé: "Que veut tu cette fois?"

Il y avait également un après-midi où Leo Durocher était venu pour la partie avec un terrible mal de lendemain de veille. Il a fait tout ce qu'il pouvait pour se faire expulser de la partie pour aller se reposer à la maison. Malheureusement, l'arbitre Augie Donatelli était dans la même situation! Il dit a Durocher: "Je me fiche de ce que tu fais Durocher, je ne te mets pas dehors. Je doit rester toute la partie alors toi aussi!" Une fois, Casey Stengel, alors avec les Mets, voulait faire jouer Choo-Choo Colman mais on lui avait dit qu'il n'était pas disponible. Il est parti depuis deux semaines. 

LE QUÉBEC DES ANNÉES CINQUANTE

Monsieur Piché nous a parlé du baseball au Québec dans les années cinquante et le fait remarquable qu'un nombre élevé de joueurs de la province se sont rendus jusqu'aux majeures. En plus de Ron Piché, Georges Maranda, Claude Raymond, Raymond Daviault et Tim Harkness ont tous joué dans les Grandes ligues. Comme indicateur de la popularité du baseball au Québec à cette époque, il faut noter que le déménagement des Braves de Boston vers Milwaukee aurait plutôt eu lieu vers Montréal si Branch Rickey ne s'était pas objecté, les Dodgers possédant les droits territoriaux sur la métropole.

Monsieur Piché a admis que la personne responsable de cet état de choses était sans équivoque Roland Gladu. Une légende au Québec, Gladu a connu une vie exceptionnelle. Suite à sa carrière de joueur qui s'est étendue des années 30 à 50, Gladu est devenu recruteur chez les Braves. C'est dans ce rôle qu'il s'est le plus démarqué, signant de nombreux québécois et créant une atmosphère rendant possible leur départ pour le baseball professionnel.    

Ceci mena à un nombre élevé de joueurs invités à aller démontrer leur talent aux États-Unis. Malheureusement, plusieurs refusèrent ou essayèrent puis revinrent aussitôt à la maison. Le stress de vivre dans un environnement  où tout le monde parle Anglais et de  jouer au baseball jour après jour les a démoralisé. Le désir de retourner à la maison, à la famille et à la routine du quotidien était trop fort pour y résister. Le mal du pays, l'ennemi de tout joueur de baseball, est un pouvoir puissant.

Ron Piché a laissé sa marque sur le baseball et nous a donné une myriade d'histoires et de souvenirs. Humble, il est toujours émerveillé par tout ce qu'il a fait et vu durant sa carrière. Il adore parler de ce sport qu'il connaît si bien. Nous avons été honoré d'avoir l'opportunité de le rencontrer et de l'entendre.