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L'épopée triomphale de Terrebonne
PATRICK CARPENTIER
Qui aurait pu
penser qu’une partie de baseball amateur impliquant
un club de la campagne pouvait captiver la
population de la ville de Montréal au grand complet
? C’est néanmoins ce qui arriva à l’automne de 1904
alors que le club de la petite ville de Terrebonne
disputa à une jeune équipe de la métropole une série
deux-de-trois dont l’issue était l’obtention du
championnat de la province de Québec. Rien dans les
débuts du Terrebonne ne laissait présager cet avenir
brillant mais la détermination de ses membres lui a
finalement permis de se tailler une place enviable
au nombres des grandes équipes amateur du Québec
Le “Club de
Base-Ball Terrebonne” a été fondé en 1896. Au cours
de sa première saison, il avait été téméraire au
point de se mesurer à des clubs de Montréal beaucoup
plus expérimentés et de lancer un défi au club de
Saint-Jérôme qui avait été fondé l’année auparavant.
En 1898, le Terrebonne était devenu l’un des
premiers clubs de la région des Laurentides à
disputer une partie à Montréal alors qu’il se frotta
au Jeune Cleveland sur les terrains de la ferme
Logan, le futur Parc Lafontaine. Peu actif les
saisons suivantes, le club était revenu en force en
1901 alors qu’il remporta une myriade de victoires,
la plupart contre de forts clubs de Montréal dont le
prestigieux National qu’il défait 14 à 13. Ces
succès étaient intimement liés au recrutement
l’année précédente d’un jeune sportif du nom de
Ladislas Joubert, à qui on avait donné la tâche
d’entraîner l’équipe et de la gérer. En peu de
temps, la réputation du Terrebonne commença à
dépasser largement les frontières des Laurentides et
le club eu l’honneur peu singulier de clôturer la
saison de baseball à Montréal au début d’octobre.
Cette joute, jouée contre le club Laval au parc
Delorimier, se termina par une victoire du
Terrebonne, qui fut sacré sur le champ champion du
Nord de Montréal pour la saison 1901.
Forts de ce
triomphe, les joueurs du Terrebonne entreprennent de
joindre la Ligue Provinciale lors de la saison 1902.
Peu impressionnés, les dirigeants de la ligue
rejettent leur demande à la fin d’avril mais se
ravisent peu de temps après; trop tard puisque le
Terrebonne avait déjà commencé sa saison en tant que
club indépendant. Après de nombreuses victoires
contre des clubs de Montréal, le Terrebonne se
mesure de nouveau au National qui est maintenant
champion provincial. Victoire facile du Terrebonne
11 à 6. À la fin d’août, le
Terrebonne se déclare champion de la province même
s’il venait de perdre contre le club de
Saint-Hyacinthe. Le club Cherrier de Montréal,
mécontent de ce geste et se déclarant lui aussi
prétendant au titre lance alors immédiatement un
défi au Terrebonne. Une partie est organisée au parc
Mascotte de Montréal pour le 5 octobre 1902 mais
elle ne sera jamais jouée. Les deux clubs sont
incapables de s’entendre sur les conditions du défi.
Il était clair
dans l’esprit de tous les amateurs de baseball de la
métropole que le club de Terrebonne s’efforcerait à
remporter le championnat de la province en 1903.
Le club annonça d’ailleurs ses intentions
dans un communiqué publié dans La Presse au
mois de juillet. Le club possédait de très bons
joueurs qui auraient fait l’envie de plusieurs clubs
de baseball de plus haut niveau. Ainsi on comptait
au sein de l’équipe les frères Sasseville, Adélard,
Émile et Léopol; Joseph Meunier comme receveur,
Henri Chapleau comme lanceur, tous de Terrebonne.
Plusieurs autres joueurs se greffaient à ce noyau,
la plupart de Terrebonne mais certains d’ailleurs,
pour faire du club du village une redoutable machine
de baseball. Chapleau était d’ailleurs considéré
comme l’un des meilleurs lanceurs de la province par
la presse montréalaise. La moyenne d’âge des joueurs
réguliers du club était d’à peu près 23 ans,
nettement supérieur aux autres clubs des Laurentides
mais dans la moyenne de ceux de Montréal qui se
battaient pour le championnat de la province. La
plupart avaient des emplois durant la semaine.
Quelques-uns comme les frères Sasseville allaient
toujours au collège alors que d’autres étaient
commis, artisans ou employés d’usine. Très peu
étaient mariés; ils consacraient tout leurs temps
libres au baseball.
Comme pour la
saison précédente, le Cherrier demeure le principal
rival du Terrebonne en 1903. Les deux équipes
s’affrontent à la fin de juillet mais la partie se
solde par un échec du Terrebonne, qui se proclame
néanmoins champion de la province. Indigné par cette
déclaration, le Cherrier convie le Terrebonne à une
série deux-de-trois pour décider du championnat. La
première partie est jouée le 23 août à Terrebonne et
est remportée 10 à 0 par le club local. La seconde
partie est jouée au parc Delorimier de Montréal mais
l’arbitre ayant considéré que Terrebonne a enfreint
un règlement donne la victoire au Cherrier.
Terrebonne refuse de jouer la troisième et décisive
partie en guise de protestation. Il perd le
championnat de la province pour une deuxième année
de suite.
La saison 1904
débute difficilement. Terrebonne perd quelques
parties en mai et juin mais se reprend de belle
manière au mois de juillet alors qu’il signe six
victoires consécutives. Le 20 août, le chroniqueur
sportif du journal La Presse annonce que le
Cherrier désire jouer une autre série deux-de-trois
contre Terrebonne. Les deux clubs ne peuvent
s’entendre sur les conditions du duel mais décident
tout de même de joueur une partie le 28 août.
Terrebonne remporte alors une victoire de 8 à 6.
Le 10 septembre, le Cherrier revient à la
charge et propose de nouveau au Terrebonne de jouer
une série de trois parties dans le but de régler la
question du championnat provincial une fois pour
toute. Le Cherrier offre même au Terrebonne de
considérer la joute du 28 août comme première partie
du défi. Terrebonne, vainqueur de ce duel et voyant
les chances de son côté, accepte sans retard. La
seconde partie est jouée au parc Mascotte le 18
septembre. Le Cherrier gagne 1 à 0 grâce une balle
échappée par le receveur du Terrebonne. La semaine
suivante, la partie décisive a lieu au même endroit.
Hommage bien mérité pour les deux équipes, La
Presse déclare quelques jours avant la partie
que le Cherrier et le Terrebonne forment les “les
deux plus forts clubs de la province”. Il semble
même que la partie entre les deux clubs étaient le
sujet de conversation de l’heure dans la métropole,
créant un engouement sans précédent pour le baseball
amateur. La foule qui assista à la partie ne fut
sans doute pas déçue. Le pointage final fut de 8 à 6
en faveur de Terrebonne. Le club remporte donc le
championnat de la province après l’avoir auparavant
échappé à deux reprises.
Les saisons
suivantes furent difficiles pour le Terrebonne.
Plusieurs de ses meilleurs éléments quittèrent le
club pour se joindre à des équipes de plus haut
niveau. Léopol Sasseville poussa même l’audace
jusqu’à se joindre au Cherrier en 1906. Le
Terrebonne ne fut jamais plus le club dominant qu’il
avait été entre 1901 et 1904. Le club avait
cependant démontré que les joueurs des campagnes
pouvaient se frotter avantageusement à ceux de la
ville. Une démarche visant à ramener le club
champion fut tentée en 1908 par des anciens joueurs
de l’équipe mais sans grand succès. Le club fut
dissout peu de temps après. L’histoire ne devait
donc garder que le souvenir de la fameuse édition
1904 du Terrebonne, le champion de la province de
Québec.
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