|
L'histoire
du baseball à Québec
PAR DANIEL PAPILLON
Lorsque
l’on pense au sport et à la ville de Québec la première
association qui vient à l’esprit est celle du hockey.
Pourtant l’histoire du baseball dans notre
ville est très riche et très longue.
Plusieurs évènements ont marqué l’histoire
de ce sport dans la vieille capitale. En voici les
grandes étapes.
La
première équipe professionnelle est celle des Bulldogs
de Québec de la ligue « Eastern Canada ».
L’équipe jouait, à ce moment là, sur un
terrain de la Pointe aux lièvres.
Cette première saison fut peu impressionnante et
l’équipe termina au dernier rang.
Néanmoins la « graine » du baseball
est semée.
Dès
1924, les Bulldogs connaissent leurs premiers succès.
L’équipe joue maintenant dans un nouveau stade,
soit; le Parc Fontaine, situé sur la 3e
Avenue près de la rivière St-Charles.
Québec est membre également d’une nouvelle
ligue du nom de Québec-Ontario-Vermont.
Les Bulldogs finissent au 1er rang
avec 15 parties d’avance sur les Royaux de Montréal.
À
l’automne 1924, Québec est l’hôte de 2 parties
d’exhibition mettant en vedette deux équipes des
ligues majeures. Les
Giants
de New York, qui viennent tout juste de perdre
contre les Sénateurs
de Washington en Série Mondiale, jouent contre les White
Sox de Chicago.
Ces
matchs furent disputés comme préambule à une tournée
européenne. En
effet, John
McGraw, gérant des Giants et Charles
Comiskey, propriétaire des White Sox avaient décidé
au cours de l’été 1924 de faire une tournée de
promotion en Europe après la saison.
Les
deux équipes sont arrivées à Montréal en train où
elles ont joué deux parties d’exhibition les 12 et 13
octobre. Après
un autre voyage en train, 2 autres joutes furent disputées
au Parc Fontaine de Québec les 14 et 15 octobre.
Les deux équipes s’embarquèrent par la suite
sur le paquebot « MontRoyal » en direction
de Liverpool, endroit où débutait leur tournée
outremer.
Plusieurs
vedettes et futurs membres du Temple de la Renommée du
Baseball étaient du voyage, tels; Charles
Comiskey, John
McGraw, Art
Nehf, Frankie
Frisch, Johnny
Evers, Casey
Stengel, Muddy
Ruel, Beauty
Bancroft et plusieurs autres.
L’année
1924, qui avait été plutôt bien remplie, marque la
fin d’une époque.
Québec se retrouve sans équipe de baseball
professionnel. Il
y eu quand même au cours des années 30 quelques
parties hors concours importantes contre des équipes américaines.
Notamment contre les « Chappies Johnson »
une équipe de Noirs, comme on disait à l’époque, ou
contre la « Maison
de David ».
Ces parties avaient lieu la plupart du temps au
Parc C.B. sur les berges de la rivière St-Charles près
du stade Municipal ou encore à la piste de course.
En
1938, Québec est membre de la ligue Provinciale et l’équipe
porte le nom d’Athlétiques.
Le stade municipal est encore en construction (voir
section stade), les parties locales se jouent à
l’hippodrome. Quelques
vedettes locales se retrouvent dans l’alignement, dont
Roland Beaupré et Joe Bernard.
En
mai 1939, les Athlétiques emménagent dans leur nouveau
stade. Ils
ont également un nouveau gérant, Del Bissonnette, un
franco-américain et ancien joueur vedette de 1er
but des Dodgers de Brooklyn.
L’équipe
revient en 1940 faisant toujours partie de la ligue
Provinciale. Roland
Gladu, Bill Yocke et Lou Lépine sont les vedettes de
l’époque. La
ligue éprouve cependant des difficultés et en 1941,
Trois-Rivières et Québec se retrouvent dans la ligue
« Canado-Américaine ».
Cette ligue est dirigée par le révérend Harold
Martin.
De
1941 à 1950, Québec demeurera dans la ligue Canado-Américaine.
Cependant, la ligue, comme la majorité des
ligues mineures, cessa ses activités pendant 3 ans
durant la 2e guerre mondiale.
Avant la guerre, l’équipe portait toujours le
nom d’Athlétiques, mais après, les nouveaux propriétaires
baptisent l’équipe du nom d’Alouettes.
Nom qu’ils garderont pour les saisons 1946-47
et 48. Durant
cette courte période, l’équipe finira dernière à
trois reprises.
La
période suivante peut-être considérée comme étant
l’âge d’or du baseball à Québec.
En 1949, le propriétaire de l’équipe, M.
Ulysse Ste-Marie qui en a assez des insuccès, apporte
plusieurs changements.
D’abord, on change de nom, dorénavant ce sera
les Braves. Puis
on signe un nouveau gérant, Frank McCormick, vétéran
1er but du baseball majeur, principalement
avec les Reds de Cincinnati.
McCormick a eu une très belle carrière dans le
baseball. Il
fut nommé joueur le plus utile à son équipe dans la
ligue Nationale en 1940.
Il participe également à plusieurs parties d’étoiles.
Le
propriétaire des Braves, avec l’aide de son nouveau gérant,
attire à Québec quelques vétérans des ligues
mineures tels ;
« Butch » Lawing, « Moose »
Shetler, Hal Erickson, Pete Elko ou Mike Fandozzi.
L’équipe se hisse au premier rang et les
Braves sont champions de la ligue Canado-Américaine.
Le
gérant Frank McCormick ne revient pas en 1950.
Il est remplacé par George McQuinn, un autre vétéran
1er but du baseball majeur, qui s’est
illustré principalement avec les Browns de St-Louis et
les Yankees de New York.
Le noyau de joueurs de l’équipe n’a pas été
touché et l’équipe atteint de nouveaux sommets.
La fiche des Braves est de 97 victoires et 40 défaites,
pour une moyenne de .708.
Ils sont à nouveau couronnés champions.
Pour
des raisons strictement économiques, Trois-Rivières et
Québec reviennent dans la ligue Provinciale en 1951.
Les Braves connaissent une moins bonne saison et
l’équipe de George McQuinn s’incline en finale
contre Sherbrooke.
Fait à souligner, cette saison représente la
première où Québec est membre du réseau de la
filiale des Braves de Boston.
Avant
la saison, Georges Maranda un espoir de Lévis, avait
signé un contrat avec les Braves de Boston.
Il fut assigné à l’équipe de Québec où il
joua pendant 3 saisons. (1951-53).
Au
cours des quatre saisons suivantes, les Braves ne
gagnent pas moins que quatre championnats.
En plus des succès sur le terrain, Québec
domine la ligue au chapitre des assistances à chaque
saison.
Plusieurs
joueurs marqueront cette époque des Braves.
Les Roger McCardell, Raymond Lagüe, Ed Charles,
John Werner, Al Dumouchelle, Bill Robertson, Humberto
Robinson, etc... donnèrent
des allures de dynastie aux Braves de Québec.
Un seul joueur cependant fut associé aux Braves
pendant toute leur existence, il s’agit de Mike
Fandozzi. Il
demeura avec les Braves pendant 7 saisons, refusant même
d’être assigné à d’autres équipes.
Cette
période fut marquée par quelques évènements
importants pour la ville de Québec.
D’abord le 7 juillet 1953 le match des étoiles
de la ligue Provinciale.
Les équipes affiliées aux équipes de la ligue
Nationale affrontaient celles de l’Américaine.
Québec était représentée par 7 joueurs en
plus du gérant George McQuinn.
L’équipe représentant la ligue Nationale
l’emporta 6 à 5 en 11e manche.
La victoire va au lanceur des Braves de Québec,
Raymond Lagüe.
Quelques
jours plus tard, soit le 15 juillet 1953, les Braves de
Milwaukee viennent jouer une partie d’exhibition à Québec.
Une foule enthousiaste de 7 368 spectateurs se présente
au stade pour assister à la partie.
Ils auront droit à une partie sans point ni coup
sûr. En
effet, les six lanceurs des Braves de Milwaukee réussissent
cet exploit dans une victoire de 8-0.
Les
Braves de Milwaukee forment une très bonne équipe et
plusieurs vedettes composent leur alignement.
Ainsi, les gens de Québec ont pu voir évoluer
les; Joe Adcock, Johnny Logan, Andy Pafko, Eddie Mathews
et Warren Spahn. Ces
deux derniers sont maintenant membres du Temple de la
Renommée du Baseball.
En
juillet 1954, Québec reçoit la visite des Harlem Globe
Trotters dans un match hors concours contre la Maison de
David. Aujourd’hui,
les Harlem Globe Trotters sont connus pour leur équipe
de basketball, mais pendant plusieurs années, ils ont
eu également une équipe de baseball.
En 1954, la vedette de l’équipe était Satchel
Paige. Pour
ce qui est de l’équipe de la Maison de David, elle
fait des tournées depuis 1919 et elle était venue à
Québec à quelques occasions auparavant.
L’été
1955 est marqué par une autre visite des Braves de
Milwaukee. Pour
cette occasion des estrades supplémentaires sont ajoutées,
on attend une foule de près de 10 000 personnes.
La partie a eu lieu le 31 mai et un froid quasi
sibérien ramène le nombre de spectateurs à 5 400.
La
partie se termine en 11e manche et c’est
Bobby Thompson qui donne la victoire aux Braves de
Milwaukee. Le
même Thompson qui avait donné une victoire mémorable
quelques années auparavant aux Giants de New York.
Un
seul circuit frappé lors de cette rencontre et ce fut
par Hank Aaron qui allait devenir le roi des coups de
circuit.
Après
la saison 1955, malgré des succès très intéressants
pour Québec, la ligue Provinciale cesse ses opérations.
L’avènement de la télévision aura des répercussions
importantes sur le nombre d’équipes et de ligues
mineures partout aux États-Unis et au Canada.
De
1955 à 1970
Cette
période est caractérisée par deux choses, d’abord
l’absence de baseball dit « professionnel »
à Québec et l’acharnement d’un homme pour la
survie de ce sport ici.
En effet, Hughes Beaudoin déploiera beaucoup
d’efforts pour que durant ces années, la ville de Québec
ait une équipe de baseball.
Il
fit revivre, sans beaucoup de succès, le nom des
Alouettes avec une équipe dans la ligue Québec
District, puis les Indiens renaissent.
Ils joueront dans une nouvelle ligue, soit la
ligue de Mauricie.
Son
existence sera très courte et les Indiens reviennent
dans la ligue Provinciale.
Le calibre de cette ligue n’est pas le même
qu’il y a quelques années.
Les joueurs ne sont pas des professionnels et la
très grande majorité sont québécois francophone
La
ligue s’appelle Provinciale, mais la province est
divisée en deux. Aucune
équipe de la région de Montréal n’est représentée
dans cette ligue. Il
faudra attendre encore quelques années pour voir la
fusion des deux grands circuits provinciaux.
En
1960, les Indiens battent les Royaux de Drummondville en
finale et sont couronnés champions de la ligue.
Par la suite, la ligue connaît certaines
difficultés et Québec doit se doter d’une deuxième
équipe, les Athlétiques, pour assurer la survie de la
ligue.
En
1965, la ligue Provinciale fusionne avec celle des
Cantons de l’Est.
Au milieu de cette saison, le gérant Ed Lyons et
quelques joueurs américains débarquent à Québec.
Le calibre de jeu s’améliore et les
assistances aussi.
Pour la saison 1966, on accorde le droit aux 9
organisations de la ligue de mettre sous contrat 6
joueurs américains chacune.
Par la suite, ce plafond augmentera et à la
dernière saison de la ligue, soit en 1970, presque tous
les joueurs francophones auront disparu.
Trois-Rivières
et Québec qui étaient les deux villes qui attiraient
le plus de spectateurs dans la Ligue provinciale des
années 60, font un retour dans le baseball organisé en
1971. En
effet, ces deux villes qui ont une histoire de baseball
très similaire obtiennent chacune une franchise dans la
ligue Eastern (calibre AA).
Les
efforts de Hughes Beaudoin pour garder le baseball bien
vivant à Québec sont récompensés lorsque les Expos
de Montréal choisissent Québec pour établir leur
filiale de niveau AA.
L’équipe
portera les noms de Carnavals de Québec de 1971 à 1975
et de Métros pour les deux dernières saisons.
Malgré une existence relativement courte, ces
organisations produiront une multitude de joueurs qui
feront leur marque dans les ligues majeures.
Les
premières vedettes sont Pepe Frias, Pepe Mangual et
Bombo Rivera (1971).
L’année suivante un nouveau gérant s’amène
Karl Kuehl (il deviendra gérant des Expos en 1976),
l’équipe est composée de plusieurs joueurs qui
gradueront dans les majeures, tels;
Barry Foote, Tony Scott, Jerry White, Larry Lintz,
Balor Moore,
Dale
Murray et Dan Warthen.
L’édition
1973 des Carnavals permettra aux québécois de
découvrir deux futures grandes vedettes des Expos de
Montréal. Steve
Rogers et Gary Carter font escale à Québec.
La route de Carter est encore bien longue et elle
le mènera jusqu’à Cooperstown où il fut intronisé
au Temple de la Renommée du Baseball en 2003.
Quant à Steve Rogers, il fut le lanceur partant
numéro un des Expos pendant plusieurs saisons en plus
de participer à quelques parties d’étoiles.
En
1974, Les Carnavals sont champions de leur division.
Ils alignent d’excellents prospects en
particulier chez les voltigeurs.
Jerry White revient pour une courte période, le
reste du champ extérieur est composé de Warren
Cromartie, Ellis Valentine, Tony Scott et Bombo Rivera.
Larry Parrish connaît également une
bonne saison au troisième but.
Au monticule, Bill Atkinson, Joe Gilbert et à
nouveau Dan Warthen sont les noms à retenir.
L’année
suivante, Gary Roenicke,
un autre voltigeur connaît une bonne saison.
Du côté des lanceurs, Joe Kerrigan présente
une m.p.m. de 0.68 en 53 manches lancées.
Kerrigan connaîtra éventuellement une belle
carrière comme instructeur des lanceurs dans le
baseball majeur. Sur
le plan administratif, l’équipe connaît quelques
problèmes financiers.
Un nouveau propriétaire arrive, M. François
Bonetto et l’équipe prend le nom de Métros.
La
saison 1976 est marquée par la première saison de 20
victoires pour un lanceur de l’organisation des Expos.
Gerald Hannahs des Carnavals de Québec finit
l’année avec une fiche de 20-6.
Shane Rawley et Dan Schatzeder sont deux autres
lanceurs qui connaîtront du succès par la suite.
Chez les joueurs, André Dawson fait un court
séjour à Québec, mais il est promu très vite à
Denver. Tony
Bernazard jouera la première de ses deux saisons à
Québec. Il
connaîtra une belle carrière principalement avec les
White Sox de Chicago.
La
dernière saison des Métros est sans éclat.
Tony Bernazard et Dan Schatzeder sont de retour.
Seul Steve Ratzer et Bobby Goodman semblent
voués à un bel avenir (les deux joueurs auront des
carrières décevantes par la suite).
Après
la saison 1977, les Expos quittent Québec et Cincinnati
font de même à Trois-Rivières.
Mis à part les Expos de Montréal, le baseball
professionnel disparaît de la province de Québec.
Seul le baseball junior demeure.
Il faudra attendre 22 ans avec la venue des
Capitales de Québec en 1999.
|